Rousseau, Vu de San Diego
News - Contributions

UCSD copyright Dan Hyde

Un regard sur le système universitaire américain
par Felix Blossier, Etudiant à Sciences Po, actuellement en échange à University of California, San Diego


As far as I can recall, Rousseau was this French communist revolutionary something… like… fighting against power and all”. La scène a pour théâtre la salle de cours d’une grande université américaine et l’auteur de cette phrase n’est autre qu’un étudiant de troisième année en science politique. Pourtant, elle n’a pas l’air de choquer grand monde dans l’auditorium. Etudiant français en échange aux Etats-Unis, il m’a souvent été donné l’occasion d’assister à des scènes de ce type. Elles sont révélatrices des lacunes du système pédagogique américain. Lacunes qui contrastent avec l’image que nombreux se font des grandes universités américaines, en tête de tous les classements internationaux et aux endowments considérables – plus d’une vingtaine de milliards de dollars pour Harvard, soit une somme supérieure au PIB de plus de la moitié des pays du globe.

 « Harvard ? Une dotation d’une vingtaine de milliards… »

Un étudiant-roi…

Annenberg Hall, une cafeteria de Harvard University ou a ete filme Harry Potter (copyright Harvard)Certes, les universités américaines bénéficient d’atouts incontestables. Tout d’abord leurs infrastructures pharaoniques qui font des campus de véritables villes à part entière, leurs stades (d’une capacité de 106 000 places pour l’université du Michigan à Ann Arbor, pour prendre l’exemple le plus marquant) ou leurs bibliothèques babéliennes à rayons ouverts contenant des centaines de milliers d’ouvrages (voire des millions : douze pour Yale). A ces infrastructures s’ajoutent un corps enseignant en grand nombre, extrêmement qualifié et disponible (on parle d’une moyenne d’un enseignant pour cinq étudiants dans les universités américaines), un esprit d’école sans égal et une administration extrêmement flexible, que ce soit au sein d’universités publiques ou privées.

Cependant, les contreparties de ce système universitaire titanesque, largement financé et où l’étudiant est roi, sont lourdes. Ainsi, si l’on peut louer une approche plus décomplexée de l’enseignement, on notera qu’elle va souvent de pair avec une baisse de niveau. Les professeurs encouragent leurs étudiants à prendre la parole sur les nombreux textes originaux qu’ils lisent afin de désacraliser les grands auteurs, et cela se traduit malheureusement dans la plupart des cas par un nivellement par le bas de la discussion, et donc du cours ; les étudiants en venant parfois jusqu’à accorder la même valeur à leurs expériences quotidiennes qu’à des textes de philosophie classique.

« Des étudiants qui accordent parfois la même valeur à leurs expériences quotidiennes
qu’à des textes de philosophie classique… »

Ghetto?

Le Campus de UCSD

On déplorera aussi la vie en vase clos sur un campus ; où comment cet idéal foucaldien d’un lieu d’éducation monacal et où tout est construit à la gloire du savoir devient aussi un lieu d’hypocrisie, une sorte de ghetto pour une élite coupée du monde et de sa réalité. Ceci couplé à des cours qui se concentrent en grande partie sur les thèses mainstream et balayant dans la plupart des cas les points de vue divergents dès l’introduction contribue à une ouverture d’esprit et une curiosité plus que relatives dans les campus américains.

Evidemment ces observations sont le fruit de ma seule expérience et il est difficile de généraliser sur le paysage universitaire américain qui est l’un des plus variés au monde, allant de la Ivy League aux community colleges du Midwest en passant par les gigantesques universités publiques du sud. Les traits sont donc volontairement forcés afin de faire ressortir les principales particularités du système américain, à la fois attirantes et repoussantes pour l’étudiant français, sans doute à l’image de la relation tortueuse qu’entretiennent la France et les Etats-Unis.


Felix Blossier
Etudiant à Sciences Po
Actuellement en échange à UCSD


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Comments  

 
0 #1 Le système universitaire américain est moins inégalitaire que le nôtreStephanie Grisan 2010-02-04 17:50
Un Americain qui ne connaitrait pas Rousseau? Quelle horreur! Comme si un etudiant francais a Sciences Po etait capable de dire qui est John Adams!

Neanmoins, en votre defense votre article est tres interessant et tres bien ecrit, meme si comme vous l'avouez vous meme, vos observations sont le fruit de votre seule experience. Il me semble que votre "individualisme methodologique" contribue a caricaturer le systeme americain, a le diaboliser, plutôt qu’a l’expliquer. Je vous recommende la lecture de l'article ci-bas, "Le système universitaire américain est moins inégalitaire que le nôtre", paru dans lemonde.fr il y a quelques jours et qui dediabolise le systeme americain et surtout nous permet de revisiter certaines idees recues.

http://www.lemonde.fr/societe/chat/2010/02/02/universite-faudra-t-il-payer-plus-cher-le-droit-d-entree_1300225_3224.html
Quote
 

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